Me Gabriel Versini : “J’appartiens à cette communauté de français qui prône la parole libérée.”

Association Nationale de Défense Égalitaire de la Liberté d'Expression

Me Gabriel Versini : “J’appartiens à cette communauté de français qui prône la parole libérée.”

Me Gabriel Versini

Maître Gabriel Versini, avocat de l’association ANDELE, a bien voulu réagir à quelques questions d’actualité, au gré d’une interview dont voici la teneur :


En prologue à cette interview je citerai un de nos plus grands écrivains : François-Marie AROUET dit VOLTAIRE – philosophe français du XVIII ème siècle – qui déclarait :
« Sans l’agrément du Roy, vous ne pouvez penser » 1763
« C’est ne vivre qu’à demi que de n’oser penser qu’à demi » Lettre à la marquise Deffand.

257 ans après, ces maximes sont hélas d’une actualité toujours aussi criantes et affligeantes tant la contraction du diaphragme de penser et de verbaliser provoque, non une augmentation de la liberté, intrinsèque et inhérente à ces deux notions, mais une limitation rarement égalée.
D’aucuns n’hésiteraient pas à lancer à la canonnade : soit voué aux gémonies Esprit des Lumières ; et entre ici, le politiquement correct avec son cortège d’interdits, de non-dits, de mise à l’index……
Laissons ces « fâcheux » pour ce qu’ils sont et clamons la liberté de réflexion, d’analyse et de verbalisation.

Vous êtes avocat de l’association ANDELE depuis sa fondation, en 2014. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de cet engagement ?

En citoyen d’un Etat démocratique, en Avocat en droit des gens, en garant des libertés fondamentales d’autrui ; j’appartiens à cette communauté de français qui prône non la proscription de l’idée mais la parole libérée.
Aussi, était-il évident pour moi — et ce, au sein d’une association comme « Andele » — d’être participatif à l’oeuvre de Justice pour porter sur les fonds baptismaux des tribunaux judiciaires la parole ou la défense de celles et ceux pour lesquels la liberté de réflexion reste la clé de voûte d’une société ouverte, responsable dont les composantes sont plurielles mais toutes mues par le sacro-saint principe de ne pas faire litière des libertés démocratiques, y compris et surtout celle de la liberté d’expression.

Depuis l’entrée en vigueur des mesures de confinement, quel a été l’impact sur l’activité
judiciaire, et sur votre profession ?

S’il est acquis qu’il fallait prendre des mesures drastiques aux fins de tenter d’éradiquer le Covid – 19 ; il reste que des pans entiers économiques ou institutionnels ont de facto, eux aussi, été éradiqués. Ainsi, a-t-on vu des tribunaux judiciaires purement et simplement fermés… alors que d’autres, dans le même temps, continuaient peu ou prou à travailler avec peu d’audiences mais des audiences tout de même ; permettant ainsi à la Justice de se rendre et aux auxiliaires de Justice que sont les Avocats de vivre….
Dès lors, l’impact de ces différences de traitement entre tribunaux a entraîné non un mascaret mais un véritable tsunami économique pour les Avocats ; et ce n’est plus d’une paupérisation d’une profession dont on parle mais de la disparition de nombres d’entre nous.

Parmi vos dossiers en cours, il y a la citation du CCIF devant le Tribunal Judiciaire de Pontoise, dans le ressors duquel est domiciliée cette association, qui était prévue en mars 2020, et que l’Etat d’urgence sanitaire n’a pas rendue possible. Pourriez-vous résumer cette affaire et nous dire si l’audience aura lieu ?

Le dossier que vous mentionnez est illustratif, par excellence, de ce que peut être la notion de liberté d’expression :
– le 03 août 2016 Sébastien Jallamion mentionnait sur sa page Twitter, accessible au public les écrits suivants :
« Tous les musulmans ne sont pas (encore) des islamistes. mais à ce rythme, c’est juste une question de temps. Résistance »
– le 13 mars 2017 l’ A. D. D. H – C. C. I. F : Association de Défense des Droits de l’Homme – Collectif Contre l’Islamophobie en France par le truchement de son service juridique adressait une lettre recommandée avec accusé de réception au Parquet de Paris aux fins de signaler les écrits du 03 Août 2016.
– le 27 mars 2018 le Parquet de Privas décidait de renvoyer Sébastien Jallamion par-devant le Tribunal Correctionnel de la ville pour des faits de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’un groupe de personnes à raison de son appartenance à la religion musulmane.
– le 19 juin 2018, par Jugement de la Chambre Correctionnelle du Tribunal Privas, Sébastien Jallamion était relaxé pour les faits commis le 3 août 2016 de provocation à la haine ou à la violence en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique
– le 25 mars 2020 par voie de citation directe par-devant le Tribunal Correctionnel de Pontoise, Sébastien Jallamion en suite de la relaxe prononcée le 19 juin 2019 faisait citer à comparaître l’ A. D. D. H – C. C. I. F : Association de Défense des Droits de l’Homme – Collectif Contre l’Islamophobie en France, pour le délit de dénonciation calomnieuse.
Au visa du confinement, l’audience ne put avoir lieu et donc, nous attendons de connaitre la nouvelle date d’audience à venir.

Quel regard portez-vous sur l’état de notre liberté d’expression aujourd’hui en France ?

Mon propos sera concis.
J’estime d’une part, qu’on jauge l’acmé d’un Etat démocratique à l’aune de ses libertés fondamentales dont celle d’expression ; et d’autre part, que la seule entité institutionnelle et constitutionnelle légitime en matière de licéité ou l’illicéité des libertés est l’Autorité Judiciaire, seule compétente et garante des droits et libertés des français.

En conclusion à cette interview je citerai un de nos plus grands Français Georges CLEMENCEAU (homme politique), qui déclamait dans l’hémicycle :
« Gloire au pays où l’on parle, honte au pays où l’on se tait » Chambre des Députés 04 Juin 1888.

Partagez cet article
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin