Jean Messiha : “Il y a un certain confinement de la démocratie”

Association Nationale de Défense Égalitaire de la Liberté d'Expression

Jean Messiha : “Il y a un certain confinement de la démocratie”

Jean Messiha, haut fonctionnaire, membre du bureau national du RN

Jean Messiha a, avec Frédéric Anoudru, ancien cadre dirigeant d’une grande banque française, cosigné un article intitulé “COVID-19 : Armageddon économique ?” publié le 26/03/2020 dans La Tribune. Cet article a été retiré par la rédaction quelques jours plus tard, au motif qu’il ne respectait pas la “ligne éditoriale” du journal. Jean Messiha a bien voulu réagir à cette censure, et répondre à des questions d’actualité concernant la crise que nous traversons.



Vous êtes docteur en économie, et êtes donc parfaitement qualifié pour vous exprimer sur ces question. Comment expliquez-vous que la “ligne éditoriale” d’un journal économique passe outre votre domaine d’expertise ?

La question n’est pas tant la ligne éditoriale que la rubrique dans laquelle est paru mon papier. Tous les journaux ont le droit bien entendu d’avoir leur ligne éditoriale : il y a des journaux de gauche, des journaux de droite, des journaux du centre, ça ne pose pas de problème et c’est quelque chose qui est plutôt enraciné dans la tradition démocratique, de la pluralité des médias. Mais là, en l’occurrence, ils (La Tribune NDLR) ont une rubrique qui s’appelle “opinions”, au pluriel, donc comme son pluriel l’indique c’est une rubrique qui est censée normalement est pluraliste, diversifiée, où pour le coup l’ensemble des courants et des sensibilités peuvent s’exprimer.

Je constate que la ligne éditoriale de La Tribune, qui est plutôt un journal de gauche, vaut aussi pour la rubrique “opinions” : on n’accepte l’opinion que dès lors qu’elle colle à la ligne éditoriale. Donc, en fait, ils sont démocratiques, mais uniquement avec des gens qui pensent comme eux.

Qu’est-ce que cela dit, selon vous, de l’état de la liberté d’expression dans notre pays ?

Je pense que la liberté d’expression dans notre pays n’a cessé de se réduire. Evidemment, quand je dis ça, il ne s’agit pas de dire que nous sommes en dictature, où tout est interdit, où on ne peut plus prononcer le moindre mot. Ce n’est pas parce qu’on n’en arrive pas à cette extrémité que la liberté d’expression ne connait pas, effectivement, des restrictions progressives, par petites touches, par petits pas. Il y a par exemple la Loi Avia contre “la haine en ligne” : on s’aperçoit qu’en fait cette loi ne lutte contre certaines haines, et pas contre d’autres. Donc elle restreint, elle ripoline en forme de “haine” ce qui finalement est très souvent une différence d’opinion, qu’on va pour le coup censurer.

Il y a, depuis le confinement, un certain confinement de la démocratie. A l’heure où je vous parle, ça fait quand même un mois, presque qu’aucun cadre du Rassemblement National n’a été invité sur aucun média, alors même que l’ensemble des grands partis y ont plateaux et micros ouverts : que ce soient les LR, que ce soit le parti socialiste, la France Insoumise, etc… A part sa présidente qui est invitée de temps en temps, tous les autres cadres médiatisés du Rassemblement National ne sont plus invités. Donc il y a effectivement un problème. Il y avait déjà un problème au niveau de la liberté d’expression, et ce problème s’est retrouvé aggravé par le Covid dont en sent que le gouvernement tire un peu prétexte pour museler les voix dissidentes.

Vous êtes l’un des cadres du RN les plus médiatisés, ce qui pourrait servir d’argument à vos détracteurs pour affirmer que vous n’êtes pas censuré. Cette façon de voir les choses est-elle exacte, ou trop simpliste ?

Votre remarque est vraie, jusqu’au 13 mars. C’est à dire que depuis le 13 mars, je n’ai été invité qu’à une seule émission, en date du 26 mars, pendant une heure chez Pascal Praud. A part ça je n’ai pas été invité depuis un mois sur aucun plateau, et l’ensemble de mes camarades, cadres du Rassemblement National comme Julien Odoul, Jean-Lin Lacapelle, Nicolas Bay, etc… tous ceux qui ont l’habitude d’être médiatisés n’ont pas été invités sur le moindre support médiatique radio ou télé. C’est vérifiable, et parfaitement contrôlable. Et donc effectivement, depuis le confinement, il y a une sorte de confinement de la démocratie, une sorte de confinement du pluralisme politique dans les médias, qui est très inquiétant.

Les mesures exceptionnelles visant à restreindre la liberté d’aller et de venir de nos concitoyens et les atteintes manifestes à la liberté d’expression vous font-elles craindre une dérive totalitaire de notre Exécutif ?

Je pense qu’il y a une sorte de fuite en avant du système anti-national qui gouverne la France depuis une quarantaine d’années, qui a cru pouvoir se sauver et se proroger en 2017 grâce à cette chaloupe qui s’appelle Emmanuel Macron sur laquelle toutes les rampes qui ont gouvernées la France ont pu s’agglomérer et s’agglutiner.

Ils n’avaient pas prévu ni les gilets jaunes (ils ont essayé d’emballer le mouvement et de le verrouiller, de s’en sortir par un tas de pirouettes comme le “grand débat national”, etc… ) ni le Covid. En fait, le Covid, en arrêtant tout le modèle qui est le logiciel idéologique de la caste qui est pouvoir depuis une quarantaine d’années, c’est à dire un logiciel mondialiste, néo-libéral, sans frontièriste, immigrationniste, un virus, un tout petit virus invisible à l’œil nu, a tout bloqué. La réalité est en train en quelque sorte de leur exploser à la figure, mais ce n’est pas pour autant qu’ils vont accepter cette réalité, et qu’il vont se dire “on va essayer de passer à autre chose, changer de modèle, soit par la démocratie, soit par eux-mêmes : c’est à dire que eux, changent. Auquel cas ils ne seraient évidemment pas crédibles. Et donc il y a une espèce de fuite en avant, on a l’impression que le système  anti-national au pouvoir se cabre, se braque, et essaie tant bien que mal de verrouiller les choses. Par exemple, l’union nationale : cet espèce d’artefact qui consiste comme le “grand débat national” en son temps, à faire un papier cadeau , une sorte de restriction très forte de la liberté d’expression, notamment médiatique.

En gros, si vous ne participez pas aux mensonges du gouvernement, si vous ne couvrez pas les mensonges du gouvernement au même titre que les médias officiels, vous êtes en dehors de “l’union nationale”. Il faut quand même rappeler que 56% des français, selon un sondage Elabe récent, ne font pas confiance au gouvernement. Et donc on a la majorité du pays qui est en dehors de “l’union nationale”…

Avec le Covid, avec ces circonstances particulières que sont le confinement, la restriction absolue de la liberté d’aller et venir, et la restriction du pluralisme dans les médias, il y a une sorte de dérive, dictatoriale je n’en sais rien, je dirais plutôt néo-totalitaire.

Quelles seraient selon vous les solutions à mettre en oeuvre pour garantir nos libertés individuelles, et la pluralité d’opinions ?

Vous voyez, ce qui est paradoxal, c’est qu’un modèle qui ne se pensait que comme celui de l’ouverture totale et absolue à tout, est aussi le modèle qui a décidé de cloîtrer chez eux toute une population, la population française en l’occurrence. C’est assez paradoxal de la part de ce pouvoir qui nous avait vanté les mérites de l’ouverture à tout et qui aujourd’hui est contraint d’embastiller et d’assigner à résidence l’ensemble de sa population.

Maintenant, le problème, c’est qu’on est dedans. Il eut fallu prévoir, anticiper, mettre les moyens, c’est à dire, déjà, commencer par reconnaître la réalité, reconnaître qu’ils ont failli, qu’ils auraient du faire ce mea culpa. Mais le problème, c’est qu’ils s’enferment dans des mensonges, donc pour l’instant, ils pratiquent un double confinement :

  • Le confinement face au Covid de la population, est une mesure de sauvegarde du pauvre, parce qu’en réalité le confinement total n’est pas dans tous les pays : en Allemagne, il n’y a pas de confinement total, en Suisse, il n’y a pas de confinement total… Le confinement total est la solution du pauvre des pays qui n’ont rien prévu et qui n’ont pas les moyens de lutter contre le Covid en maintenant un taux d’activité à peu près normal – réduit peut-être – mais à peu près normal par ailleurs. Et donc aujourd’hui on se trouve à plastiquer l’ensemble de l’économie française. Parce que là, l’économie est totalement à l’arrêt, les gens sont chez eux, on ne sait pas combien de temps ça va durer, mais c’est la seule solution à disposition du gouvernement. 
  • L’autre confinement, c’est le confinement politique, qui consiste à interdire la critique de cette impréparation, la critique des mensonges du gouvernement, pour maintenir une union nationale factice, une illusion de démocratie, une illusion d’état de guerre dans le cadre duquel tout le monde serait soumis au silence.

Et bien non. En tous cas nous, nous ne nous soumettrons pas à cette loi-là, nous ne nous soumettrons pas au silence des mensonges.

Le FMI prédit les pires conséquences économiques depuis 1929, ce qui semble vous donner raison. Quelles seraient les mesures que vous prendriez en urgence pour limiter l’impact de cette récession à l’échelle de la France ?

Je crois que ce que fait le gouvernement va dans le bon sens : traditionnellement depuis 29, on sait que face à ce genre de crise – et on a eu 2008 également – les “bazookas” budgétaires sont les seules solutions pour tenter de limiter la casse. Je ne suis pas sûr que pour certaines catégories, notamment les TPE PME, ça soit suffisant, car on parle de 1500 euros d’aides, mais on a des gens qui ont perdu des milliers d’euros suite à l’inactivité forcée, et donc je pense que même si la politique économique poursuivie par le gouvernement va dans le bon sens, je crains qu’elle manque à la fois de souplesse et d’ampleur. Il faut des mesures plus souples, pour aider le maximum de personnes et d’entreprises possibles, et amplifier le mouvement pour faire en sorte que les entreprises traversent sans encombre ce passage à vide, parce qu^évidemment il risque de créer des irréversibilités. Le gars qui perd son activité, dont l’entreprise fait faillite, une fois que la crise sera finie ce n’est pas sûr qu’il reprenne son entreprise. Pour éviter ces irréversibilités qui peuvent porter un grand préjudice sur le long terme à l’économie française, il faut mettre les moyens dès aujourd’hui

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