Grégory Roose : “le pouvoir médiatique ne relaie pas l’opinion publique, il la fabrique”

Association Nationale de Défense Égalitaire de la Liberté d'Expression

Grégory Roose : “le pouvoir médiatique ne relaie pas l’opinion publique, il la fabrique”

Grégory Roose

Chroniqueur dans plusieurs journaux et magazines, Grégory Roose est l’auteur de “Pensées interdites : Chroniques de la France baîllonée“, et fondateur du site d’information Adoxa. Il a bien voulu nous donner son regard sur l’actualité du moment, et sur le traitement médiatique qui en est fait, en répondant à quelques questions.


Vous avez créé, en 2018, le site Adoxa, que vous présentez comme un site de “ré-information”. Pouvez-vous nous dire ce que vous entendez par là ?

Le besoin de ré-information me semble aussi vital pour l’esprit que celui de réalimentation l’est pour le corps du malade en convalescence. En l’espace d’à peine un demi-siècle, notre société a connu le régime de l’information d’unique, c’est-à-dire du monopole de l’État sur la radio et la télévision françaises, puis celui du la surabondance d’information sous toutes ses formes : télévisuelle, écrite, radio, internet, et désormais l’omniprésence des téléphones portables qui nous inondent d’informations minute par minute, ce que d’aucuns nomment l’infobésité ou surcharge informationnelle.

Dans ce vacarme d’information, une ligne directrice s’est néanmoins forgée sur la base d’une entente tacite entre les pouvoirs politique, financier et médiatique : celui de la doxa progressiste qui consiste à travestir le réel, nier le vrai, occulter la vérité quand elle s’éloigne de la doctrine vivre-ensembliste, et surtout à fabriquer un monde multiculturel dans lequel le pouvoir progressiste, l’immigration et l’islam, pour ne citer qu’eux, sont des vertus qui ne sauraient souffrir d’aucune critique : les médias y veillent. En ce sens, ils sont les gardiens de la doxa politico-médiatique qui nous impose une manière de penser, de comprendre le monde et se charge de faire taire par de nombreux moyens quiconque en émettrait la critique.

Le média que j’ai créé s’appelle donc opportunément Adoxa, formé du -a privatif suivi du mot doxa. Sa ligne éditoriale, opposée à la doxa, est motivée par une critique du progressisme, de l’immigration et de l’islam.

Pour quelles raisons avez-vous décidé de vous engager sur ce terrain ?

Tout a commencé, pour ce qui me concerne, le 30 octobre 2005, date des premières violentes émeutes des banlieues qui ont révélé aux Français l’échec du modèle assimilationniste pour l’immigration africaine et musulmane. La mort accidentelle de Zyed Benna et Bouna Traoré a été décrite comme une agression de la police envers ceux que la presse infantilisait, déjà à l’époque, pour attendrir l’opinion publique en les appelant notamment “jeunes”. En réalité, ils faisaient partie d’un groupe d’individus qui tentaient d’échapper à un contrôle de police et se sont étrangement abrités à l’intérieur de l’enceinte d’un poste électrique, ce qui était évidemment bien plus dangereux que de présenter poliment ses papiers d’identité à des policiers. Mais au lieu de décrire avec bon sens et honnêteté intellectuelle le contexte et la raison de ce dramatique accident, la presse s’est engagée, dans sa quasi- unanimité, dans une gigantesque entreprise de victimisation de la délinquance, des jeunes d’origines immigrée et de diabolisation de la police. Les mensonges et les manipulations idéologiques des médias ont évidemment nourri le feu qui couvait. Nous connaissons la suite : embrasement des banlieues dans toute la France, émeutes aux cris d'”Allah akbar” savamment occultés par les médias, retour au calme suite à l’appel des imams et des “grands frères”, début de la politique d’Etat de “lutte contre les discriminations”, quota de diversité dans les médias, etc. C’est sous Chirac que la France s’est engagée dans cette entreprise de victimisation massive de l’immigration arabo-musulmane et africaine.

À la suite de ces événements, j’ai donc crée un premier blog qui traitait notamment des problèmes d’islam et d’immigration, sur les modèles du site “France-islam”, depuis disparu. Je l’avais appelé “sauvonslafrance.fr”. J’ai assez rapidement abandonné, sa rédaction étant beaucoup trop anxiogène et suis passé à autre chose. Mais la situation du pays et de l’occident n’a fait qu’empirer à une vitesse vertigineuse. Après un bref engagement politique, j’ai créé Adoxa pour intégrer et faire grossir la nébuleuse des sites de ré-information déjà existants.

Vous portez un regard critique sur les médias. Quel regard portez-vous sur la manière dont ils couvrent l’actualité en lien avec la crise du Covid-19 ?

Dans notre démocratie, le pouvoir médiatique ne relaie pas l’opinion publique, il la fabrique. Dans une véritable démocratie, les médias indépendants diffusent l’information, relatent les faits et, quand il s’agit de presse d’opinion, entretient l’esprit critique du lecteur, sa capacité à jauger, juger, réfléchir.

À de rares exceptions, les médias n’ont pas agi avec esprit critique dans cette crise qui ne fait que commencer, animés par la recherche de la vérité, mais ont agi en dociles porte-voix du pouvoir progressiste. Jacques a dit “Le masque ne sert à rien pour les personnes qui ne sont pas malades” ? Les médias artillent à tout-va des articles, invitent des experts auto-proclamés et publient des “infox” pour convaincre que le gouvernement dit vrai à ce sujet, permettant de couvrir leur incapacité à fournir les soignants et les Français en protection. La politique de tests massifs n’est pas utile, ni efficace, nous dit le gouvernement ? Rebelote : la presse s’engager dans une campagne médiatique de décrédibilisation du test à grande échelle. Le coronavirus pourrait être une création humaine sortie accidentellement d’un laboratoire chinois ? “Théorie du complot !” scandent en cœur les médias, avant de prendre un peu plus au sérieux cette hypothèse et d’en faire ses gros titres après que de grandes puissances mondiales prennent au sérieux.

Quel est votre avis sur l’état de la liberté d’expression en France ?

En France, la parole subversive est une liberté individuelle qu’il est interdit de souffler à l’oreille du peuple.

Ainsi, notre liberté d’expression est paradoxalement très étendue “et en même temps” très réduite. Je m’explique. Les moyens matériels de la liberté d’expression sont potentiellement infinis puisque chacun peut dire, en théorie, à peu près ce qu’il veut via les réseaux sociaux notamment, formuler les critiques les plus virulentes à l’encontre du pouvoir, de l’immigration,… Cette liberté d’expression a toutefois des limites imposées par la loi. Et elles sont de plus en plus nombreuses. Depuis la loi Gayssot de 1990, notre liberté d’expression a progressivement été restreinte par des motifs souvent fallacieux, au mépris des grands principes de notre constitution. A ce jour, il existe plus de vingt critères de discrimination qui obèrent notre capacité d’expression, dont ceux de l’appartenance à une religion ou a une ethnie, ce qui compromet sérieusement les possibilité de critiquer l’islam ou l’immigration, notamment dans les choix professionnels, sans risquer une lourde peine de prison associée à une amende de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Plus récemment, la lutte contre la « haine », ce nouveau vocable utilisé à tous les sauces, permet surtout de susciter l’adhésion du plus grand nombre (qui pourrait publiquement se déclarer favorable à la haine ? ) pour faire passer des mesures législatives potentiellement dangereuses pour notre liberté d’expression. Il s’agit de la proposition de loi Avia. Ce genre de dérive, provoqué par la loi, pourrait permettre de réduire substantiellement la capacité des contres-pouvoirs, des opposants politiques à exprimer librement leurs idées sur les réseaux sociaux dont on sait qu’ils sont un puissant vecteur de diffusion de l’information.

Malgré la démocratisation des outils d’expression sociale, notre liberté d’expression se restreint: noyées dans un roulis incessant d’informations bien-pensantes ou faussement subversives, les quelques vérités diffusées par une poignée de journalistes qui font encore leur travail, quelques associations qui s’organisent ou de rares citoyens qui diffusent leur regard lucide sur la situation de la France, seul l’accès des voix dissidentes aux tribunes offertes par les rouleaux compresseurs médiatiques permettrait de dire que la liberté d’expression est réelle dans notre pays. Sébastien Jallamion n’aurait-il pas d’intéressants messages à délivrer aux Français sur le plateau du JT de Tf1 qui seraient repris en boucle par toute la presse écrite, radio et Internet si les médias voulaient donner aux Français matière à faire leur propre chemin idéologique et politique ?

Voici où je veux en venir : sans accès aux médias très grand public, les messages qui s’éloignent ou critiquent la doxa sont des bouteilles jetées à la mer. Et quand bien même un message ou une vidéo postés sur un réseau social atteindrait des centaines de milliers de vues, le réseau social en question pourrait suspendre le compte du penseur récalcitrant sans avancer de motif valable, ni offrir de possibilité de recours. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour abandonner son droit à la libre expression.

Les mesures de restriction de nos libertés fondamentales sont inédites. Cela met-il à l’épreuve nos capacités de résistance, et que faut-il en déduire ?

La restriction de nos libertés se traduit également via la surmédiatisation des revendications subventionnées, celles d’associations qui ne représentent qu’elles-même, d’ultra-minorités qui ne s’identifient que par leur particularismes sexuels, linguistiques, ethniques, religieux. C’est donc un diktat des minorités qui s’impose à la majorité dite “silencieuse”. Mais en réalité, la majorité n’est pas silencieuse, elle est inaudible.

Ce diktat politico-médiatique des minorités s’appuie sur des lois telle que la proposition de loi visant à « lutter contre la haine sur internet », sérieuse menace pour la liberté d’expression. Le pouvoir législatif va ainsi utiliser la « haine », un sentiment, comme fondement juridique pour limiter la liberté d’expression. Parallèlement, le pouvoir judiciaire a utilisé la « fraternité », un sentiment, pour tolérer l’aide illégale aux immigrés clandestins et lever ainsi le « délit de solidarité », expression inventée par les associations immigrationnistes pour justifier leur interprétation toute personnelle de la préservation de l’intérêt général. Ainsi, la France est-elle bâillonnée. Ses censeurs ? Ce sont les lois mémorielles imposées aux Français pour les faire culpabiliser de la colonisation ou de l’esclavage dont ils ne sont pas davantage coupables que ceux qui exigent un dédommagement n’en sont victimes ; ce sont les sermons moralisateurs prononcés en permanence par les médias, y compris du service public, pour ostraciser le citoyen critique envers les déviances progressistes parées d’habits de vertu ; ce sont les célébrités qui accusent, depuis le confort de leur quartier dans lequel le « vivre-ensemble » qu’ils prônent se limite au « vivre-entre-soi », le Français de souche ou assimilé de refuser l’immigration massive et l’africanisation ou l’islamisation de son lieu de vie ; c’est la justice qui réserve la sévérité de sa sentence aux Français sans histoires tandis qu’elle accorde sa clémence, nourrie de mièvrerie faussement anti-raciste, aux délinquants multirécidivistes. C’est un système démocratique en fin de course, protégé par un arsenal médiatique tout-puissant, qui ne doit sa survie qu’à un simulacre électoral grimé en plébiscite populaire.

La France demeure-t-elle un État de droit dans laquelle la critique de l’immigration et de l’islam n’est pas soumise à un nouveau délit de blasphème ? Cette circonvolution inquiétante autour de la censure fait craindre une accélération des atteintes à la liberté d’expression.

D’après vous, quelles seront les conséquences de la crise que nous traversons ?

Cette crise est une terrible démonstration de l’incapacité du pouvoir progressiste à protéger son peuple par absence d’anticipation puis de réactivité. Par ailleurs, les valeurs mises en avant par l’idéologie progressiste sont balayées. L’écriture inclusive, la lutte contre les pseudo-inégalités et la discrimination, les machin-phobies, l’égalitarisme à tous les étages ? En évacuant ces sujets qui saturent habituellement l’espace médiatique, le Coronavirus révèle la futilité de ces revendications subventionnées.

Après la crise sanitaire, nous devons nous préparer à faire face à un tsunami économique et financier. L’heure est donc à la discipline, à l’ordre et à la réelle solidarité entre les hommes, pas celle des slogans progressistes qui s’évanouissent dans la panique générale. Le progressisme peut être le grand perdant de cette difficile période que nous traversons, mais quelles forces politiques seront assez crédibles, puissantes et organisées pour lui faire face lorsque l’heure de rendre les comptes aura sonné ? Le meilleur allié de Macron dans la guerre politique qui s’annonce, c’est la cacophonie du camp adverse.

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