Cdt Laurent Cassiau-Haurie : “Les flics sont devenus des agents de perception des amendes”

Association Nationale de Défense Égalitaire de la Liberté d'Expression

Cdt Laurent Cassiau-Haurie : “Les flics sont devenus des agents de perception des amendes”

Laurent Cassiau-Haurie

Laurent Cassiau-Haurie était Commandant de Police et a transité par plusieurs services avant de subir les foudres d’une certaine hiérarchie. Déterminé à dénoncer les dérives d’une institution au sein de laquelle il a exercé depuis 1984 jusqu’à sa retraite précipitée dans des conditions ubuesques, il a décidé de témoigner dans un premier ouvrage intitulé “La police m’a tué“, publié aux éditions Payot, puis dans “Flic et Gilet Jaune“, publié aux éditions Encre Rouge. Très attentif à ce qui se passe actuellement dans notre pays, Laurent Cassiau-Haurie a bien voulu nous livrer ses impressions, fort de son expérience, dans une interview sans concession.


Pour éclairer nos lecteurs, pouvez-vous rappeler votre parcours dans les rangs de la police nationale ?

J’ai commencé en tant qu’Enquêteur de Police à EVRY-CORBEIL, puis j’ai réussi le concours d’Officier de Police ex Inspecteur avant de partir à la Police Judiciaire d’Ajaccio, Brigade Criminelle pendant 4 ans. Je suis remonté en région parisienne en Police Judiciaire à Versailles au sein de la Brigade des Stupéfiants durant 7 ans, les années 90 en somme.
J’ai été muté en région bordelaise ou j’ai servi successivement à la Brigade de nuit du Commissariat Central et à la Brigade Territoriale de Cenon, dans la banlieue considérée la plus chaude de l’agglomération. Je participais également à des missions longues et ponctuelles du Groupe d’Intervention Régional d’Aquitaine, organe créé par N. Sarkozy. J’ai pris ensuite les rênes de la Brigade Auto (trafic, vols de véhicules…). J’ai fait un intermède en 2008 de deux ans à l’Ambassade française en Algérie avant de revenir en France et prendre la direction de la Brigade des Violences ( vols, incendies, violences …) puis de la Brigade Criminelle où j’ai été nommé Commandant en 2012. A l’issue d’une énième restructuration, on m’a confié une unité de lutte contre l’économie souterraine comprenant nombre de brigades et en même temps chargé de la coordination judiciaire de la Zone de Sécurité Prioritaire de Bordeaux, encore une entité crée par le politique en l’occurrence M. Valls.
Nouvelle réforme où là j’ai du subir les ressentiments les plus acerbes et orduriers d’une hiérarchie veule et incompétente qui m’a assassiné professionnellement en me confiant une unité administrative après une année de diffamations, de coups bas et de manœuvres lamentables synonymes de harcèlement et discriminations en tout genre.
Voyant rapidement que j’étais dans une impasse administrative, je leur ai donné les éléments pour me sanctionner. Éléments qu’ils avaient été incapables de trouver, et pour cause, afin de me démolir administrativement comme ils en rêvaient, normalement en bonne et due forme. J’ai donc écrit le livre LA POLICE M’A TUÉ qui est l’ensemble des problématiques que rencontre la Police depuis quarante ans et ce, à partir de mon cas concret sur la dernière année. Le tout avec exemples concrets dans nombre de domaines.
Après renoncements, reculades ils m’ont suspendu 11 mois et signifié la veille de mon départ en retraite en juin 2019 que j’étais viré de la Police ce qui a eu pour conséquence de m’enlever cinq années de bonification sur ma future pension. Je vous passe les détails les plus croustillants.
J’ai sorti un deuxième bouquin sur ces entrefaites, racontant d’ailleurs entre autres, la suite et ma vision de la société, de la politique actuelle, des nombreux mensonges, manipulations et autres coups de com’ que nous subissons tous à longueur d’année.

Ouvrages publiés par le Cdt Laurent Cassiau-Haurie

Ouvrages publiés par le Cdt Laurent Cassiau-Haurie

On se souvient du mouvement des policiers en colère, qui a vu en 2016 les policiers s’opposer à leur hiérarchie et dénoncer les violences, le manque de moyens et la haine anti-flics, avec le soutien de la population. Cette révolte préfigurait-elle selon vous celle des gilets jaunes ?

C’est un événement intéressant qui préfigurait peut-être la révolte jaune avec cette version police. A l’image de ce que subit la société dans tous ces fondements depuis une bonne dizaine d’années. Malheureusement, cette révolte de la base policière était comme trop souvent trop corporatiste et pas assez généraliste. Elle n’a pas bénéficié du soutien physique des populations et du concours des futurs gilets jaunes qui eux par contre ont eu le mérite de soulever des problématiques plus étendues. En faisant appel au soutien des forces de l’ordre, ils ont compris que sans cette force d’appui, le mouvement courrait à sa dilution. J’en parle dans un chapitre de mon second bouquin. Il fallait obligatoirement rassembler ces deux mouvements. Dans les deux cas le gouvernement et les syndicats ont très très bien manœuvré en étouffant quelque peu la contagion, aussi bien en 2016, facilement et beaucoup plus difficilement pour les gilets jaunes. Dans un premier temps en phagocytant la colère policière par la distribution de quelques dizaines d’euros et autres primes puis en opposant systématiquement les policiers aux casseurs, groupuscules violents et politisés afin d’entretenir la confusion avec la nature de la révolte des gilets jaunes. La Police a perdu administrativement en 2016 et populairement en 2019. C’est bien dommage car elle pouvait être l’acteur principal et le corps fédérateur nécessaire à ce grand changement demandé par les gilets jaunes qui rappelons le n’étaient absolument pas hostiles aux flics. Le covid 19 pourrait terminer le travail, mais je crains que les émeutes se généralisent et se renforcent sur le dos de la Police qui a loupé le coche par la faute des syndicats revenus sur le devant de la scène fin décembre 2019 et sauver le gouvernement.

La liberté d’expression des fonctionnaires, en particulier celle des policiers, est actuellement limitée. Pourquoi avez-vous décidé de vous affranchir de votre obligation de réserve ?

J’avais le sentiment d’être dans une nasse, injustement puni pour rien uniquement du fait de la jalousie d’une hiérarchie. Je vous rappelle que tout ceci a été validé grâce à l’incompétence et la niaiserie de la Directrice de la Sécurité Publique de Bordeaux de l’époque, surnommée Ma Dalton dans mon premier livre. Elle deviendra la future Directrice de l’IGPN, en charge des dossiers de violences policières. Vous avez donc une idée du personnage, de la duplicité, de la sincérité et de la compétence professionnelle de ces gens là. Elle est la personne idoine à ce poste. Servile et souple au point de dénaturer notre métier. J’étais donc fichu en raison d’un placard qu’on m’avait octroyé et par l’impasse que génère notre administration, incapable de proposer un poste ou une sortie honorable que j’estimais devoir mériter. Car cette boîte est aux ressources humaines ce que Hitler est à la démocratie. Bref, quand vous avez un problème qui plus est d’ordre administratif pur révélant d’ailleurs nombre de dysfonctionnements et bien, vous vous le traînez jusqu’au bout. Il n’y a aucun espoir de résolution. Il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre (ENSTEIN).
J’ai vraiment et en conscience décidé de publier le livre pour faire bouger les choses. Et comme prévu, j’ai véritablement dérouillé et bu le calice jusqu’à la lie. Vous pensez qu’ils ne vont pas oser faire cela, tellement c’est méchant et bête et bien si ! Ils le font sans aucun souci et sans autre forme de procès. 90% des problèmes liés aux policiers pourraient être réglés autour d’une table, mais on préfère la sanction, des procédures, remplir des statistiques de punition. En ce qui me concerne, ils ne pouvaient peut-être pas le régler car ils avaient 200 % tort mais une solution pouvait forcément être trouvée. Quand on ne veut pas, on ne fait pas. Et puis j’avais décidé de ne pas baisser le pantalon et de mourir avec les honneurs. C’est désuet peut-être, mais je ne voulais pas rester impassible et impavide. Et puis ce grand sentiment d’injustice face à une telle inertie demandait une réponse à la hauteur de ce que je pouvais faire de maximal. Quel plaisir et quelle thérapie !

La répression exercée contre les gilets jaunes, dès l’origine du mouvement, a été d’une ampleur telle que l’ONU a demandé officiellement une enquête sur l’usage de la force, demande qui n’a pas été suivie d’effet malgré les critiques d’autres institutions internationales dont l’UE et la CEDH. Vous qui avez eu un pied de chaque côté de la barrière, quel est votre point de vue sur la question ?

Tout est verrouillé, les enjeux de ces organisations nous dépassent . Et puis les fondements qui ont légitimé la création de ces entités ne sont pas tous respectés, évidemment. En voulant faire du droit international et répondre aux théories humanistes on fait mine de répondre à des questions légitimes des peuples et on répond à une vision plus moderne et plus respectueuse des droits et devoirs des états. Mais tout cela est de l’esbroufe. Ils font de la communication qui va dans ce sens, mais vous savez comme moi que les procédures doivent passer les filtres, tomber entre les bonnes mains puis être l’objet de compétences dans un délai raisonnable. Si les enquêtes traversent toutes ces étapes, où en serons nous, où seront les politiques responsables ? Tout se négocie, tout est objet d’influence en fonction de son statut et du poids représenté…. De l’eau va couler sous les ponts car les obstructions seront nombreuses et aucune chance que cela aille au bout. Et puis seul l’état sera condamné. A quoi ….

L’Etat d’urgence sanitaire mis en place dans notre pays, mettant en place des mesures de restrictions de nos libertés fondamentales inédites en temps de paix, a donné lieu à des instructions appliquées avec zèle par les forces de l’ordre dans certaines parties de notre territoire, alors même que des instructions ont été données de “lever le pied” dans d’autres. Comment expliquez-vous cette géométrie variable ?

Tout le monde le sait, nul besoin d’un livre blanc sur la Police. On a abandonné le traitement des quartiers de non droit, on laisse les violences urbaines s’exécuter en tentant de les circonscrire à la marge, en faisant semblant. Les gouvernements ont peur de la contagion généralisée et une convergence des luttes avec d’autres mouvements extrémistes gauchistes, radicaux et populaires.
Mais en plus on voit bien que la lutte contre la délinquance n’est plus une priorité des politiques, ces dernières années. C’est un secteur totalement abandonné au même titre que d’autres fonctions régaliennes de l’état qui n’assure plus du tout la sécurité des français.
Et les perspectives de ce gouvernement ne prennent pas le chemin inverse bien au contraire. La pensée progressiste est largement connue. On vit une dilution de la nation française dans une souveraineté européenne qui vise deux objectifs, un métissage programmé et une pression sur les bas salaires. Cela participe de la libre circulation des biens, des services et des hommes. Avec un brassage des populations source de consommations et de flux financiers, on cède au lobbying financier et aux pressions de cette nouvelle philosophie politique. Sinon comment expliquer autrement que la lutte contre l’immigration soit une vaste fumisterie. Si en plus cela favorise les grands donneurs d’ordre économiques . On ne peut difficilement inverser ces projets autrement que par une révolte. Je ne vois pas d’autres alternatives, malheureusement.
Et pour répondre complètement à votre question, je tente de l’expliquer dans mes livres. Les flics sont devenus des agents de perception des amendes, une troupe chloroformée, aseptisée de plus en plus importante. Ce sont de moins en moins des hommes qui sauvent la veuve et l’orphelin où rendent le sac à main arraché à la vieille dame mais de fait et pour des raisons que je détaille des robots obéissants sur ordre, pris en main dans la tenaille de la pyramide hiérarchique aux ordres et des syndicats complices. Ce n’est plus une Police qui bien que sachant qu’elle intervient très peu dans les banlieues, préfère réprimer une personne âgée qui se serait assise sur un banc ou tel individu qui n’aurait pas rempli les obligations que prescrivent les consignes concernant l’autorisation de sortie ( à l’appréciation du policier). Après avoir tabassé quelquefois avec outrance, du gilet jaune, on est vraiment tombé très bas. Indépendamment de toutes considérations sur les mensonges, tergiversations, hésitations, contradictions, énormités et incohérences proférés par ce gouvernement totalement à la dérive.

Des appels au meurtre de policiers ont été récemment et massivement relayés sur les réseaux sociaux, et des violences urbaines récurrentes ont été perpétrées dans plusieurs quartiers de France, sans appeler de réponse répressive à la hauteur de ces attaques. Par ailleurs, deux motard ont été délibérément renversés par un véhicule conduit par un individu se réclamant de la mouvance islamiste. Les policiers sont-ils selon vous plus exposés aujourd’hui qu’ils ne l’étaient en 2016 ?

Ça je ne peux pas le dire sur une période aussi courte. Disons que le terrorisme a pris une ampleur importante, inédite sous certains aspects, ce qu’on appelle l’uber terrorisme. De ce point de vue c’est indéniable. Quand aux violences dans le quotidien, il n’y a aucune raison que cela s’arrête puisque l’état est totalement défaillant. La nature a horreur du vide, les voyous et autres racaillles s’y engouffrent. Et puis on les laisse faire avec une telle intensité que les territoires perdus sont des enclaves définitivement conquises. La criminalité est en hausse constante, les violences de plus en plus importantes, de plus en plus graves et sanguinaires, il n’y a aucune raison que les violences contre la Police ne suivent pas le même chemin.
La démission des pouvoirs publics est flagrante, les délinquants le savent pertinemment et en profitent. Quand il n’y a plus d’état, les groupes, organismes et autres grossissent et se développent. Pouvait on imaginer dans les années 70 voire 80, une telle incurie ? Incroyable de constater tous les jours le déclin inexorable d’un pays que la crise du covid a définitivement révélé au grand jour. Probablement l’objet d’un troisième bouquin….

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