Aldo Sterone : “Les médias entretiennent l’hystérie”

Association Nationale de Défense Égalitaire de la Liberté d'Expression

Aldo Sterone : “Les médias entretiennent l’hystérie”

Aldo Sterone

Aldo Sterone est britannique d’origine algérienne, auteur de plusieurs ouvrages, dont le dernier s’intitule “Angoisse : Histoires Extraordinaires” Connu également pour ses vidéos diffusées sur Youtube décryptant l’actualité enregistrées dans son véhicule, (c’est sa “marque de fabrique”), son franc parler écorne volontiers le politiquement correct, mais toujours avec pragmatisme, courtoisie, et volonté manifeste de susciter la réflexion. Il a bien voulu répondre à nos questions.


Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis blogueur / auteur britannique d’origine algérienne. Politiquement, je suis un ex-membre du Parti Communiste. Je me sens « orphelin » depuis que mon camp s’est compromis avec la religion a abandonné la défense de l’ouvrier et des classes opprimées.
Même si j’ai développé une sensibilité plus proche des Conservateurs depuis que je suis en UK, je reste attaché à mes anciens fondamentaux. Pour paraphraser Victor Hugo : « J’ai l’âme communiste et l’esprit conservateur ».

Sur votre chaîne Youtube, mais aussi sur Twitter, vous portez depuis l’Angleterre un regard critique sur l’actualité, en particulier sur ce qui se passe en France. Avez-vous déjà été confronté à la censure ?

Je n’avais pas vocation à parler à des milliers de gens comme je le fais en ce moment. C’est la censure persistante qui m’a obligé à sortir de mes gonds et créer ma propre niche avec un public qui m’est fidèle depuis des années.
Quand je poste un commentaire sous un article de news, il ne passe jamais la « modération ». Si je rejoins un groupe ou forum, mon compte « saute » tout seul au bout de quelques interventions.
Cette censure est surtout virulente sur les plateformes francophones où beaucoup ont développé des réflexes pavloviens : s’ils ne sont pas d’accord avec le propos, ils ne veulent ni débattre, ni discuter mais supprimer et bloquer tout en condamnant sur le plan moral.

Quel regard portez-vous sur l’état de la liberté d’expression en France ?

Je vais illustrer par une anecdote : un voyage professionnel m’avait conduit au Caire. J’étais attablé avec un collègue français et nous attendions un contact local. Nous discutions religion, société, politique… Avant de quitter la table, je lui ai dit : « une fois que nous aurons quitté l’Egypte, je nierais avoir jamais eu cette conversation avec toi ». Rien que sur l’islam, il y a des propos que j’entends sur certaines chaines arabes qui auraient causé une condamnation du CSA en France voire conséquences légales si affinités.
Je suis triste pour la France, mais aussi pour la francophonie. Les grands débats sur les questions qui nous importent ne se font plus en langue française. Elle est doucement en train de devenir la langue de la censure, des propos conformes et de la pensée stérile. Ces dernières années, la majorité des messages privés que je reçois de jeunes du Maghreb sont en Anglais. C’était impensable il y a dix ans. Donc au-delà des débats sur des sujets individuels qui sont bloqués, cette censure compulsive représente un virage civilisationnel dangereux dont les retombées seront palpables sur des générations. Les langues coupées se transforment en manque à gagner intellectuel. Il sera triste le jour où on en fera le constat.

En est-il de même outre-manche ?

Nous sommes également sous la dictature du politiquement correct. Il est alimenté par des « flocons de neige », c’est-à-dire, des personnes qui cultivent une fragilité émotionnelle exacerbée qui leur donne le tournis chaque fois qu’un propos sort de l’orthodoxie imposée.

Ces gens s’organisent en meutes qui finissent par obtenir du crédit chez les politiques. C’est un système très similaire aux procès en blasphème pakistanais. Ils commencent systématiquement par une foule hostile se déclarant choquée par un propos ou un acte réel ou imaginaire et réclamant la tête d’un bouc émissaire. Souvent cette meute obtient satisfaction par sa capacité d’entretenir une pression hystérique et bouleverser la paix publique.
Ces mécanismes sont anciens. On peut revenir longtemps en arrière, on va retrouver le préfet Ponce Pilate aux prises avec une foule lui demandant de crucifier un prédicateur qui leur disait « quiconque prononce le nom du Seigneur, qu’il s’éloigne de l’iniquité ».
Par contre, nous n’avons pas de judiciarisation du débat comme en France. Je crois comprendre qu’en France, l’industrie de la censure pèse suffisamment lourd pour pouvoir bientôt entrer en bourse. Le fait que vous avez des associations qui peuvent se constituer en parties civiles et recevoir des indemnités, transforme le propos litigieux en matière première dont le cycle économique nourrit les acteurs du marché de la censure.
En UK, il y a également une vraie presse représentant tout le spectre possible des opinions.
Le journal le plus populaire est le Daily Mail qui est proche des Conservateurs. Ici, le journalisme veut encore dire chercher l’information à tout prix, y compris faire les poubelles, afin de sortir le scoop avant tout le monde. En France, la majorité des médias sont subventionnés par l’Etat et donc contrôlés par celui-ci. On y pratique du journalisme de salon qui diffuse un verbe moralisateur de connivence. Il n’y qu’à observer ce qui se passe en France après un attentat terroriste : en quelques heures, les médias se mettent à humaniser le terroriste, lui trouver excuses voire même en devenir des témoins de moralité.

Comment jugez-vous le traitement médiatique lié à la crise du Covid-19 ?

La réponse à une crise sanitaire ne doit pas se baser uniquement sur des émotions. On ne peut que ressentir de la peine et de la compassion pour les nombreuses personnes hospitalisées en ce moment. Cependant, les politiques publiques doivent être conduites par des faits et des données tangibles qui permettent d’apporter une réponse équilibrée et efficace.
Si je prends les chiffres du ministère de la Santé italien, l’âge médian des personnes décédées de Covid-19 est de 80 ans (l’espérance vie en Italie est de 82.5 ans). Au 2 avril 2020, sur 12550 morts, 25 avaient moins de 40 ans (0.27%). Sur ces 40 patients, on connait les dossiers médicaux de 26. Que révèlent-ils ? Que 18 avaient de lourdes maladies avant d’attraper le Covid-19.
Ces chiffres peuvent suggérer une approche différente à la gestion de cette crise par la concentration de l’effort sur les personnes les plus vulnérables.
Les médias entretiennent l’hystérie. En UK, on montre des images avec d’interminables files d’attente devant les supermarchés. Le texte suggère que les gens sont désespérés pour obtenir de la nourriture. Quand je sors faire les achats pour ma famille, je constate qu’il n’en est rien. Les rayons sont pleins et la fréquentation est faible.
D’après les chiffres officiels du CDC, la saison de grippe 2018 – 2019 a causé près d’un demi-million d’hospitalisations et 34200 morts rien qu’aux USA. Si on veut faire dans le sensationnel, on peut décompter ces morts au quotidien, les pointer sur une carte, montrer des sacs mortuaires à la morgue, de gros plans sur des familles éplorées…

Le Pr Didier Raoult, ayant affirmé qu’il était à même de mettre en place un protocole efficace contre le Covid-19 en utilisant une molécule à la fois courante et bon marché, a été vivement critiqué et ostracisé par les médias. La presse britannique a-t-elle évoqué le sujet, et qu’en pense l’opinion sur place ?

Entre 2000 et 2018, il y a plus de 500 citations scientifiques (Source : Google Scholar) au sujet de l’utilisation de la chloroquine et dérivés pour traiter des maladies dermatologiques, cardiaques, le HIV, rhumatismes mais aussi maladies pulmonaires d’origine virale de type SARS-CoV. Je me suis arrêté exprès en 2018 pour éviter tout document influencé par la crise actuelle. La majorité des études parlent d’une baisse de la charge virale chez les patients ayant reçu de la chloroquine. Même si le mécanisme d’action est encore mal compris et sujet à spéculation, il y a un très fort faisceau d’indices qui pointe vers un effet positif.
En UK, la chloroquine est en test sur un millier de patients. Il n’y a pas de passions ou de débats enflammés à son sujet. Il y a également s’autres thérapeutiques en cours ainsi que la création de A à Z de toute une filière de dépistage. On espère atteindre 100000 tests par jour d’ici la fin avril.
L’Inde est l’un des plus gros producteurs de chloroquine et, pour le moment, refuse d’en exporter citant l’intérêt national. Plus de 30 pays marchandent avec le Premier ministre pour tenter d’obtenir ces précieuses pilules. La France n’est pas dans la course en ce moment. Les tensions et conflits d’intérêts empêchent l’adoption de ce produit.

Les mesures de confinement qui s’appliquent en France sont d’une ampleur inédite. Quelle sont les mesures prises en Angleterre ?

Il y a des mesures similaires mais plus flexibles. Tout d’abord, pas de papier à imprimer avant de sortir. Nous avons le droit de sortir faire de l’exercice ou marcher seul ou avec les membres de son foyer. Cela dit, plus nous avançons dans le temps, plus cela devient intenable de maintenir ce confinement. Les gens sortent, vont à la plage, font du camping…
La police est débordée. De toute manière, la police est en sous-effectif depuis longtemps donc si les gens commencent à ignorer le confinement, ça deviendra vite ingérable.
Le ton des autorités ici est « Restez à la maison pour nous donner du temps. Nous avons des actions concrètes en cours : dépistage, ouvertures d’hôpitaux, recherche… mais nous avons besoin que vous nous donniez du temps en baissant la contagion pour que nous puissions déployer ces solutions ».
L’armée a ouvert un hôpital de 4000 lits à Londres. Il dispose de son propre aéroport (l’aéroport de London City qui a été fermé pour le trafic normal). A Birmingham un centre d’exposition est en cours de transformation. D’ici quelques jours, il deviendra un hôpital temporaire de 4000 lits.
Des hôpitaux similaires mais bien plus petits (230 à 2000 lits) sont en cours de déploiement ailleurs dans le pays (Manchester 1000 lits, Cardiff 2000 lits, Glasgow 1000 lits, Swansea 840 lits… etc.).
Une application gérée par le système hospitalier a permis de fédérer 750’000 volontaires dont l’identité et le casier judiciaire sont vérifiés. Je fais partie de ces volontaires et je peux recevoir des messages me demandant d’aller transporter du matériel ou médicaments entre deux hôpitaux, téléphoner à une personne vulnérable angoissée ou, au pire, utiliser mon véhicule pour aller transporter un malade. Nous sommes dans un pays qui subissait les bombardements du Blitz la nuit et qui allait travailler le matin. Le Covid-19 nous a surpris, mais il y a une organisation formidable qui est en train de se mettre en place pour y répondre collectivement en tant que société. Nous en sortirons soudés et renforcés avec un sens de « nous avons traversé cela ensemble et maintenant nous allons revenir à nos habitudes : nous disputer au sujet d’une place de parking ou une équipe de foot ».

La reine Elisabeth II s’est adressée officiellement aux anglais, chose rarissime. Quel a été le point essentiel de son message, comment a-t-il été perçu ?

Les messages de la reine Elisabeth II sont toujours bien perçus. Nous sommes dans un pays fondamentalement royaliste et sa majesté donne le ton. De ses 94 ans, elle est venue
rassurer, calmer et expliquer que la nation en a connu pire. Elle a même fait référence à une intervention similaire durant la Seconde Guerre mondiale et nous nous en sommes sortis.

Quelles seront selon vous les conséquences économiques de cette crise sanitaire ?

Si on n’arrête pas avec ce confinement, les retombées économiques vont être pires que toutes les conséquences potentielles du Covid-19.
On pourrait se réveiller un jour avec un monde dominé par la Chine et un Occident qui fouille dans les poubelles pour manger.

Selon vous, est-ce qu’il était possible de faire autrement pour gérer cette crise ?

Le virus est venu signer un échec et mat à une partie où nous jouons perdants depuis très longtemps. Les industries ont été chassées par des politiques de pénalisation du travail :
taxation confiscatoires, réglementations dignes de l’URSS et une énergie à prix prohibitif pour satisfaire des gamins climatologues. Une fois qu’on délocalise, on perd non seulement des emplois mais également du savoir-faire.
Aujourd’hui, même si c’est une affaire de vie ou de mort, on n’est plus capable de fabriquer ne serait-ce qu’un masque chirurgical à 20 centimes.
Idéalement, il aurait fallu fermer les frontières beaucoup plus tôt. L’impact aurait été limité aux secteurs du voyage mais la propagation de ce virus aurait été fortement ralentie. Des considérations idéologiques ont constitué un frein puisant à cette solution. Il aurait fallu distribuer des masques à la population pour limiter la contagion. Au contraire, on a été répéter que le Covid-19 est la seule maladie pulmonaire infectieuse qui n’exige pas de protéger ses voies aériennes. Beaucoup ont dû être contaminés pour avoir consommé ce discours officiel sans esprit critique.
Comme en Corée du Sud, un dépistage massif aurait permis de mieux gérer les clusters de contagion et apporter des réponses adaptées à la menace. On ne peut pas lutter les yeux fermés.

Partagez cet article
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin